Ne pas chercher d’excuses

 

Outre ses qualités d’enseignant du Dharma, maître Deshimaru excellait à repérer chez un disciple les habitudes néfastes à sa progression sur la Voie et à les corriger aussi souvent que nécessaire.

 

On pourrait illustrer cela de multiples façons tant les aspects que revêtait l’éducation qu’il dispensait à ses disciples étaient diversifiés. Toutefois, il en est un qui prenait à ses yeux un relief particulier, avec lequel il ne transigeait jamais et qu’il est bon de garder en mémoire, tant le travers qu’il dénonce se rencontre fréquemment.

 

On peut le définir ainsi : ne cherchez pas d’excuses.

 

Par exemple si, après avoir commis une erreur ou n’avoir pas, ou mal ou incomplètement, assumé une responsabilité qu’il nous avait confiée, nous venions nous en justifier auprès de lui en présentant telle ou telle excuse pour expliquer notre défaillance, il nous rabrouait vertement et nous laissait sans ménagement au milieu de nos excuses et de nos justifications.

 

Avec le recul, je mesure combien, en procédant ainsi, il instillait en nous la culture de la responsabilité et combattait un travers fâcheux et tenace de la mentalité moderne qui peut s’exprimer ainsi :

« je ne suis pas responsable, il suffit que je puisse me justifier », ou bien encore : « du moment que j’ai une excuse à présenter, ça va. Je suis quitte. »

Avec une telle mentalité, l’ego s’en tire certes à bon compte et les apparences sont sauves mais on devient intérieurement de plus en plus faible, de plus en plus négligent et de plus en plus irresponsable : c’est toujours de la faute des autres ou des circonstances ou d’un malencontreux hasard ou d’un imprévu fâcheux.

Les excuses de toutes sortes, le mental sait en dénicher à profusion. Si on lui laisse le moindre espace pour s’ingérer dans une situation et en proposer une interprétation masquant la réalité, il en profite tout de suite, en bon serviteur de l’ego qu’il est.

 

Maître Deshimaru était d’autant plus ferme sur ce point qu’il savait que si cette mentalité de l’excuse est présente dans la vie courante, elle le sera aussi sur la Voie. Combien de fois ne nous a-t-il pas dit : « couchez-vous à l’heure que vous voulez mais soyez présent au zazen du lendemain matin ».

A ses yeux, les excuses faciles telles que : « je suis trop fatigué », « je me suis couché tard », « j’ai mal dormi » « j’ai trop de travail » etc..., ne tenaient pas. Ce faisant, il nous inculquait cette vérité que, si on se laisse gangréner par la mentalité de l’excuse, tout devient une excuse pour ne pas mettre l’enseignement en pratique ou pour s’abstenir de se lever le matin pour aller au zazen ou « pour en prendre et en laisser » avec les responsabilités qui nous échoient. Et, d’excuse en excuse, de justification en justification, la pratique devient tiède ou se délite peu à peu.

 

Gérard Chinrei Pilet (Juin 2017)